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En Libye, l’impuissance de l’Europe

K-yaoBenoît 06/26/2020

Libye, nouvelle Syrie ? (4/6). L’Union européenne n’arrive guère à peser sur l’escalade d’un conflit libyen qui empiète pourtant directement sur ses intérêts stratégiques.

Par Jean-Pierre Stroobants Publié hier à 11h14, mis à jour hier à 11h18

Ce fut le symbole le plus évident d’une difficulté, ou plutôt d’une impuissance, ce terme que l’on déteste utiliser à Bruxelles mais qui traduit sans doute au mieux la situation de l’Union européenne face au conflit libyen. Le 10 juin, le Cirkin, un cargo marchand turc qui bat pavillon tanzanien, est parti d’Istanbul. Transporte-t-il vers la Libye des armes destinées au gouvernement d’accord national (GAN) de Faïez Sarraj, en violation de l’embargo décrété par les Nations unies ? C’est le soupçon du commandement de l’opération européenne Irini (« Paix », en grec), lancée le 1er avril par l’Union européenne pour une mission de contrôle.

L’opération a pour but d’enrayer l’escalade du conflit militaire qui oppose le GAN de Tripoli aux forces du maréchal dissident Khalifa Haftar, qui avait déclenché un an plus tôt l’assaut sur la capitale libyenne. Les partisans du GAN regrettent qu’Irini vise de facto surtout les livraisons turques, laissant hors d’accès le soutien militaire des parrains de Haftar (Emirats arabes unis, Egypte, Russie…) acheminé en Cyrénaïque par voie aérienne ou par la frontière égyptienne.

Le soupçon sur le Cirkin est renforcé par le fait que le cargo a déjà été impliqué dans un autre « incident » en haute mer, deux semaines plus tôt : quand une frégate française, de retour d’une autre mission dans le détroit d’Ormuz, tente de contrôler sa cargaison, deux frégates militaires turques s’interposent et empêchent toute intervention. Le bateau feindra de se diriger vers la Tunisie, avant de rejoindre Misrata, dans l’ouest de la Libye, où s’exerce l’autorité du GAN proturc, et d’y débarquer de l’armement et, sans doute, un groupe de mercenaires, selon les renseignements obtenus par le Comité militaire de l’UE.

L’OTAN embarrassée

Redoublant donc de vigilance le 10 juin, Eunavfor Med – la dénomination officielle d’Irini – fait décoller un hélicoptère de la frégate grecque Spetsai, l’un des deux bateaux de la mission de l’UE. Deux frégates et trois avions : c’est, en effet, le maigre effectif de cette opération à son stade actuel… Une présence plus importante n’aurait toutefois servi à rien, car ce contrôle-là, aussi, a échoué : un navire militaire turc a répondu que le Cirkin était sous sa protection. Le droit de la mer stipule qu’un navire militaire ne peut contrôler un bâtiment effectuant une mission de service public. Et les autorités turques affirment que le cargo transportait du matériel médical. Le Cirkin a, certes, été suivi, mais a pu accoster sans encombre, à Misrata toujours.

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Source: opera.com
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