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Abidjan : les espaces verts pris en otage

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View pictures in App save up to 80% data. Les espaces verts occupent une place importante en milieu urbain. Ils assurent remplissent diverses fonctions : sociale, économique, écologique et thérapeutique. Malheureusement, ils sont de plus en plus colonisés, souvent détruits à d’autres fins. C’est le cas à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. (Enquête). 

Rôle des espaces verts dans le tissu urbain

Jardins plantés d’arbres, fleurs et gazon avec parfois des bancs en béton, les espaces verts assurent un rôle de détente et de loisir mais aussi de maintien de la biodiversité. Ils limitent les risques d’érosion et d’inondation. Les feuillages des arbres ralentissent les eaux de pluies et favorisent leur infiltration dans le sol. Les arbres agissent comme un agent de filtration de l’eau souterraine en retenant certains éléments polluants comme les fertilisants dans leur système racinaire. Ils assurent également l’habitat (abri, protection et nourriture pour des petits animaux, des oiseaux (chauve-souris). Les arbres en ville jouent un rôle de régulateur de climat, en diminuant la température ambiante souvent étouffante des villes. La nature en ville purifie l’air. Certaines espèces possèdent des feuilles qui retiennent une grande quantité de poussière. Selon l’Office ivoirien des parcs et   Réserves (Oipr) « La forêt du Banco d’une capacité de 3.474 hectares séquestre 90 000 tonnes de Co2 par an, rejette 70 000 tonnes d’oxygènes et reçoit entre 104 à 110 000 tonnes de poussière. Le sous-sol de cette forêt dispose d’un réservoir de 29 forages d’eau qui produit le tiers de la consommation de l’eau potable d’Abidjan. C’est aussi un réservoir de plantes médicinales ». View pictures in App save up to 80% data.

Dans leur livre paru en 2008, intitulé ‘’le rôle de l’arbre en ville’’ Lessard et Boulfroy expliquent que les arbres jouent un rôle thérapeutique. Ils constituent un antidote contre certaines maladies comme les maladies cardiovasculaires, les coups de chaleur, les cancers de peau ou encore les problèmes de cataracte. En outre, d’autres études ont montré qu’un espace vert contribue à la santé physique et psychologique. Ce sont des espaces propices à la tenue d’activités physiques ou de plein air comme la marche, le vélo, la course à pied. Autant dire que les espaces verts en ville contribuent à un équilibre psychique des citadins en leur fournissant un endroit paisible, loin du stress de la ville, leur permettant de se ressourcer, se détendre, ce sont des espaces de vie qui permettent de resserrer le lien social. Dans cet espace, les personnes vivant dans le même quartier et même au-delà peuvent se retrouver pour renforcer le sentiment d’appartenance communautaire, c’est aussi un cadre pédagogique, un espace esthétique qui donne de l’éclat à la ville. Conscient de ses rôles pluridimensionnels dans la cité, l’Etat de Côte d’Ivoire a pris des dispositions en vue de l’aménagement et la protection de ces espaces et ce depuis l’indépendance du pays.   

Dispositions légales

Ainsi, la loi 62-253 du 31 juillet 1962 fixe le cadre normatif de l’aménagement et du développement de l’agglomération et elle est renforcée par le code de l’environnement de 1996 qui garantit la promotion de ces espaces. Verts Aussi, depuis 2001 a été créée une Direction des Parcs et jardins rattachée au District d’Abidjan ayant à charge la gestion de ces espaces en terme d’aménagement et d’entretien. A cela s’ajoute l’arrêté N°1830 du 22 avril 2020 portant respect d’une ration de 5% pour les espaces verts dans les opérations d’aménagement.   

 La nature prise en otage View pictures in App save up to 80% data.

Malgré toutes ces initiatives, les espaces verts à Abidjan, notamment les aires récréatives (les parcs municipaux, les jardins communautaires, les aires de jeux, les aires aménagées) font l’objet d’occupation tous azimuts et d’exploitation à des fins résidentielles et commerciales. Dans un article scientifique publié en 2009, sous le titre : ‘’Crise de nature dans l’agglomération abidjanaise : l’exemple de la colonisation des espaces verts par l’habitat dans la commune de Cocody’’, Nassa Désiré explique qu’« à Abidjan, la nature est prise en otage et utilisée comme ressource pour survivre dans une ville qui n’arrive pas à remplir ses fonctions de développement humain ». Dans la commune de Cocody, dans les immeubles de Sogefiha, les Programmes Allabra, Allabra réconciliation, Riviera Africaine, Riviera EECI, 2 Plateaux, Plateau Dokoui, Angré, Angré Djibi, Cité Bceao, dans tous tes nouveaux quartiers les espaces verts sont une denrée rare. Le plus souvent les zones à urbaniser ne respectent aucune logique ; Ensembles résidentiels, zones commerciales ou industrielles s’implantent sur des terrains qui offrent le moins de résistance à l’appétit des promoteurs. Rien ne relève d’un véritable programme d’aménagement et de développement. Aucune commune n’est épargnée. Pourtant un plan directeur existe bel et bien.  Sur le Boulevard Mitterrand (Route de Bingerville), par exemple, on assiste à des constructions d’immeubles d’habitation et de bureaux. Cependant, ce qui frappe le plus le visiteur qui y arrive pour la première fois, c’est l’absence d’espaces verts. Le béton et les briques ont remplacé les arbres centenaires. Avec l’urbanisation galopante, Abidjan et Bingerville ne forme qu’une seule ville désormais sans avoir aménagé le moindre espace vert pour permettre à la ville de respirer. On a détruit totalement la Palmeraie de la Riviera sans laisser le moindre hectare qui aurait servi d’espace vert. A Yopougon, le parc national du Banco est constamment agressé par les populations environnantes. A Port-Bouët (Route de Bassam), les cocoteraies qui constituaient une sorte de trame verte ont succombé à l’appétit des promoteurs immobiliers. Au Plateau, les mythiques Jardins (square et Briand) près de l’Hôtel du District, 10 000 m2 chacun, sont devenus des marchés de fortune. Au cœur du Plateau, l’espace vert de la place Gandhi, en face de la Présidence de la République (un site très convoité) a servi au prolongement des bureaux de la Présidence. Au départ, les autorités y avaient annoncé la construction d’un mémorial Félix Houphouët-Boigny (du nom du premier Président du pays). Le plus récent, c’est le jardin Pergola d’une superficie de 4000 m2 situé entre le stade Félix Houphouët-Boigny et le Palais de Justice au Plateau qui sert de lieu de repos pour beaucoup de citoyens qui viennent pour suivre leurs dossiers et affaires judiciaires. Il a été complètement rasé dans le cadre des travaux de rénovation du Stade Félix Houphouët-Boigny. Pour l’histoire, le jardin Pergola a été aménagé jadis pour la pratique de la pétanque et offre aux visiteurs un cadre de repos et de promenade. On y trouvait des pistes de circulation, des bancs en béton et des hamacs gérés par un privé. C’était un cadre bien entretenu et agréable à visiter. Il y avait même un restaurant.  Le jardin Pergola, c’est aussi 28 espèces d’arbres et plantes à fleurs réparties en 28 genres et 19 familles, toutes des espaces exotiques.

 Aujourd’hui dans certaines communes comme Abobo, Marcory, Koumassi, Attecoubé, voir un espace vert grandeur nature relève du miracle. A Abobo, il ne reste qu’un seul espace vert (la pépinière d’Abobo). A Yopougon, à part les espaces verts d’accompagnement de voie au niveau du 1er pont, 2è pont et 3è pont, il est difficile de trouver un espace de récréation.

Certains espaces verts ont carrément disparu, quand d’autres sont occupés par le petit commerce et les artisans. « C’est le cas à Cocody où un espace vert a servi à la construction de l’hôtel communal. Sur un autre en face de la Radiodiffusion Télévision ivoirienne (RTI) a été construite l’Ambassade de l’Angola », explique le géographe Nassa désiré. A Treichville, une partie du Jardin de Biafra a été transformée en Centre commercial, une autre partie a servi à la construction de lieux de culte et une autre partie squattée par des restauratrices, des mécaniciens, des éleveurs qui viennent y faire brouter leurs animaux, etc.

Conséquences, on assiste une défiguration de l’armature urbaine, une dégradation du cadre de vie et de de l’environnement dans une ville en quête de son identité ;   

 Mais comment est-on arrivé là ?  View pictures in App save up to 80% data.

Pour le sociologue N’Guesssan Djedjé, de l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, les causes de la disparition des espaces sont multiples. « La pauvreté pousse les populations à s’accaparer ces espaces pour les transformer en espaces commerciaux. Donc il y a la pauvreté. Une des causes aussi, c’est la faiblesse de nos municipalités qui n’ont pas les ressources qu’il faut pour entretenir et protéger ces espaces. Donc il va de soi que la population qui use de stratégie pour accaparer cet espace, les municipalités qui n’ont les moyens nécessaires pour protéger ces espaces, la conséquence est l’occupation illégale de ces espaces ».

Le géographe Désiré Nassa pointe du doigt la gouvernance de ces espaces verts. « Les conflits de gouvernance sont à l’origine de l’occupation de ces espaces. Vous voyez qu’aujourd’hui pour ne même pas arranger les choses on crée des ministres- gouverneurs. Sinon, les mairies ont en charge le périmètre communal. Après on a créé le District et puis maintenant vous avez les ministres-gouverneurs. Vous voyez ce que ça crée, ce qui fait qu’il y a des conflits de compétence. On ne sait pas qui fait, voilà un peu les choses », explique-t-il. Avant d’ajouter « vous voyez à Cocody, au milieu des voies, vous voyez qu’ils ont fait du planting sur les espaces verts, on a fait des espaces dé végétalisation et tout. Si vous regardez bien, ils ont mis ministère des infrastructures économiques et tout ça, alors que normalement, c’est du ressort du District d’Abidjan ».

Yao Kouadio, ex-directeur des Parcs et Jardins au District d’Abidjan, explique pour sa part que la question de l’occupation des espaces verts est un problème d’entretien.

« Quand le jardin est entretenu, le public le respecte, on a pu l’observer. Mais quand le jardin est délaissé, les commerçants s’installent. Ce sont les deux situations. Si vous créez un jardin et que vous l’entretenez, vous avez des gens en permanence, ils en prennent soin, les familles viennent pour se récréer. Vous avez des poubelles, ils mettent les déchets dans les poubelles. Ils respectent les orientations que vous leur donnez. Mais si vous n’entretenez pas le jardin, l’herbe pousse, ce n’est pas tondu, les gens viennent se soulager, les gens viennent déverser leurs ordures là », observe-t-il.

C’est une question de gouvernance, explique-t-il. « Il y a une chose qui m’a marqué, c’est que l’administration même a détruit ses propres jardins. L’administration les a créés, puis elle-même les a occupés. A Adjamé, les bureaux du ministère de la construction, vers Agban, sous les arbres-là, c’était un jardin. Quand tu entres à Port-Bouët où il y a le centre social, c’était un jardin », confie-t-il.

 « Les populations abidjanaises n’ont pas la culture des espaces verts et il n’y a pas de communication allant dans le sens de la protection de ces espaces », analyse-t-il.

Et pourtant, selon Dr Aboua Gustave, directeur général de l’Environnement du Développement durable, il existe une politique de protection de l’environnement en Côte d’Ivoire « Chaque année, dans le cadre de la quinzaine de l’environnement et du développement durable une sensibilisation est faite.Nous sensibilisons les populations à être des éco-citoyens, à avoir des gestes éco-citoyens, à respecter l’environnement. On veut des Ivoiriens protecteurs de l’environnement mais on assiste à l’incivisme partout, on contribue au ‘’salissement’’ », soutient-t-il.

 « Pour comprendre la problématique de la disparition des espaces verts à Abidjan, iI faudra se référer au règlement d’urbanisme d’Abidjan de 1974, qui indique clairement les fonctions d’un espace vert, ce qu’on doit faire dans un jardin public et ce qu’on ne doit pas faire. Ce règlement a été modifié en 2016. Il y a des textes réglementaires. Mais quand tu vas à Adjamé, on plante des fleurs et puis deux ou trois mois, tu vas voir qu’on est en train d’arracher ces mêmes fleurs pour planter autre chose. En réalité, c’est une affaire d’argent. Et puis autre chose, si tu as faim est-ce que tu as envie d’aller t’asseoir dans jardin ’’ », confie un cadre du Burean national d’Etudes techniques et de Développement (BNETD), sous le sceau de l’anonymat.

Un président de syndic de quartier que nous avons rencontré à Cocody explique, quant à lui, que c’est une question de volonté politique. « Les collectivités locales mettent une pression sur toi parce qu’il y a une ressource électorale dans ces quartiers, les collectivités territoriales mettent en place, à côté des syndics de propriété qui doivent normalement gérer les quartiers, d’autres associations qu’on appelle les Comités de gestion des quartiers (CGQ). Le décret a été pris en 2001 par les mairies pour que la mairie soit proche des populations. Et elles ont créé les CGQ qui sont les yeux et les oreilles de la mairie dans les quartiers. Donc c’est le responsable CGQ qui doit s’enquérir des différents problèmes que le quartier traverse et faire le rapport à la mairie afin que la mairie réagisse. Donc en tant que président du syndic, tu peux dire qu’on ne construit pas sur l’espace vert mais le président de CGQ qui est proche de la mairie peut donner sa caution parce que lui il a besoin d’entretenir ces personnes pour avoir un électorat, donc ce sont des conflits comme ça que nous avons à régler chaque fois », explique-t-il.

Que faut-il faire ? View pictures in App save up to 80% data.

Tout porte à croire que dans la vision futuriste d’une ville écologique à laquelle la Côte d’Ivoire aspire, une communication sur les espaces verts est aujourd’hui plus qu’indispensable pour assurer la santé des populations, la restauration de l’image de la ville d’Abidjan mais aussi et surtout de lutter contre les catastrophes naturelles (inondation, érosion) dans un contexte de changements climatiques. C’est aussi un appel à l’éducation des populations sur l’importance des espaces verts. Et ce, dans l’intérêt des générations à venir, dans une ville en pleine explosion démographique.  La croissance abidjanaise est prévue pour passer de 4,7 millions actuels à 8,4 millions en 2030 et 15 millions en 2050. Pour le parlementaire Sangaré Yacouba, « le comportement des populations, c’est une question de sensibilisation. En dehors des anciens, les jeunes générations n’ont pas vu les espaces verts, donc c’est donc une question de sensibilisation pour les amener à comprendre que nous avons créé les espaces verts pour nous récréer, Si vous voyez aujourd’hui le degré de violence, d’animosité, ces dernières années, vous allez comprendre qu’il y a un rapport. Les gens n’ont pas d’endroit pour se décompresser si bien que les petites plaisanteries deviennent des sujets de palabres alors que lorsqu’on s’est bien reposé, on peut avaler toutes les choses, sans se fâcher », soutient-il.  

Eugène YAO    

 

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